Ludwig van Beethoven (1770 - 1827)

 Fidelio

Créé en 1806 sur un sujet à la mode au début du 19e siècle et ayant déjà servi pour plusieurs compositeurs, cet opéra, d'abord intitulé Leonore, n'a pas immédiatement connu un grand succès. Il été revu par Beethoven à quelques reprises, au-delà des quatre ouvertures composées, pour finalement s'installer au répertoire à partir de 1814.

 

Malgré une écriture vocale assez exigeante et un manque de cohérence dramatique longtemps relevé, l'opéra a finalement été beaucoup joué et enregistré. La notoriété de Beethoven ainsi que de nombreux passages sublimes ont sans doute permis à l'opéra de devenir un ouvrage incontournable du répertoire. Mais il est difficile de choisir parmi les quelque 70 versions disponibles de l'opéra, enregistrements studios et live divers. Pour les plus passionnés, des enregistrements dans la version Leonore, sont également disponibles.

 

Parmi celles-ci on compte des interprétations exceptionnelles comme Rysanek dans Leonore (en studio sous la direction de Fricsay ou en live à Rome dirigée par Jochum), ou encore Mödl et Dermota en live à Vienne en 1955 dirigés par Böhm. Plus récemment les enregistrements de Barenboïm avec Domingo et surtout Waltraud Meier (version originale) ou Abbado avec Stemme et Kaufmann sont très beaux. L'enregistrement de Colin Davis à Munich avec Voigt et Heppner est également réussi bien que peu connu.

 

Deux versions restent des piliers et incontournables de la discographie, celle de Furtwängler, en particulier en live, l'autre en studio très équilibrée enregistrée par Karl Böhm à la fin des années 60. Et puis l'enregistrement effectué par Bernstein constitue un complément indispensable.

 

 

 

Marta Mödl, Wolfgang Windgassen,  Otto Edelmann, Gottlob Frick, Alfred Poell, Sena Jurinac, Rudolf Schock

W.Furtwängler - Chœur et orchestre de l'Opéra de Vienne     1953

La direction de Furtwängler est digne de la réputation du chef : absolument tragique, avec des tempi  globalement assez retenus (le début du Finale est quand même assez enlevé),  des attaques, notamment des cordes et des contrebasses, d'une force fulgurante, des notes longues tendues grâce au jeu d'archet des cordes d'une grande puissance conférant un son intense. La distribution est du même niveau. Dès les premières scènes parfois un peu longues, on est conquis, notamment grâce à Sena Jurinac, sublime et d'une fragilité émouvante dans le rôle léger de Marzelline. Le Rocco de Gottlob Frick est vocalement impressionnant. Et le couple formé par Windgassen et Mödl est parfaitement adapté à la conception dramatique du chef, avec un engagement exceptionnels : de ce fait ils paraissent totalement humains et en aucun cas surdimensionnés, contrairement à d'autres chanteurs wagnériens dans d'autres enregistrements. Pourtant ils sont en 1953 vocalement à leur sommet et surmontent sans difficulté l'écriture vocale peu flatteuse de leurs rôles.

On est emporté de bout en bout par cette version live de 1953 d'une puissance exceptionnelle. Un enregistrement studio contemporain a été réalisé avec le mêmes interprètes mais la scène pousse la vision à son sommet absolu. Le premier accord échevelé de Léonore 3 avant le Finale illustre le style du chef et plus encore le ton de toute la représentation.

 

         Gwyneth Jones, James King, Theo Adam, Franz Crass, Martti Talvela,

         Edith Mathis, Peter Schreier

         K.Böhm - Chœur de l'opéra de Dresde, Staatskapelle Dresde   1969

Böhm est à peine moins dramatique que Furtwängler. Il dispose en outre de la Staatskapelle de Dresde dont les couleurs sombres et chaudes sont absolument magnifiques. Sa direction est un modèle, sachant parfaitement combiner l'énergie, le lyrisme et fouiller la partition pour en faire ressortir les grandes lignes mélodiques comme d'infinis détails et couleurs. La distribution est équilibrée et sans aucune faiblesse, ce qui est malgré tout le cas de peu de versions. Gwyneth Jones est solaire et engagée, avec une voix qui est souple et avec un vibrato parfaitement contrôlé. James King est viril mais pas lourd, superbement chantant dans le rôle de Florestan. Theo Adam, Franz Crass et Martti Talvela son parfaits dans leurs rôles respectifs, avec de superbes voix et des incarnations justes.

Une grande réussite vraiment adaptée pour découvrir l'œuvre, une référence indémodable à laquelle on revient toujours quel que soit l'intérêt de nombreuses autres versions.

 

         Gundula Janowitz, René Kollo, Manfred Jungwirth, Hans Sotin,

         Dietrich Fischer-Dieskau, Licia Popp, Adolf Dallapozza

         L.Bernstein - Chœur de l'opéra et Philharmonie de Vienne   1978

Cette version a marqué l'histoire de l'Opéra de Vienne, avec un témoignage vidéo, dans la mise classique d'Otto Schenk, régulièrement disponible et rééditée par Deutsche Grammophon. Son intérêt ne s'est pas altéré au fil des ans, bien au contraire. Cela est d'abord dû à la direction de Leonard Bernstein. Le chef parvient, à la tête de la somptueuse Philharmonie de Vienne, à unifier l'ouvrage de bout en bout, avec une justesse exceptionnelle, entre Singspiel et intensité dramatique. Il y a une atmosphère particulière, pleine de poésie, de finesse, de chaleur et de vie qui emportent l'auditeur dès les premières mesure de l'ouverture jusqu'au Finale, en passant par une Leonore 3 précédent d'anthologie. Gundula Janowitz est une magnifique Leonora, au timbre d'une beauté exceptionnelle, lumineuse, fragile et déterminée, totalement convaincante dans ce rôle improbable tant au niveau vocal que dramaturgique. René Kollo propose également un très beau Florestan. Et puis Lucia Popp offre des moments de grâce dans le rôle de Marzelline. Avec ces deux chanteuses, le quatuor du Premier acte est l'un des plus beaux moments de l'enregistrement et l'un des plus beaux de la discographie. Les trois rôles graves sont bien distribués, contrairement à ce qui est parfois écrit. On se réjouit aussi d'entendre les chœurs de l'Opéra de Vienne alors dirigés par le grand Norbert Balatsch

Une version particulièrement attachante et émouvante.